Face à l’adversité, quelle parade pour Sapotille ?

Les candidats de Lamentin
Fabienne Enjaric, Reinette Juliard, José Kandassamy, José Toribio, dans l’ordre alphabétique… Quatre candidats ont déclaré leur volonté de sortir Jocelyn Sapotille de la mairie de Lamentin, qu’il occupe depuis 2014. Et aucun d’eux n’accorde un quelconque crédit à son bilan.
Pourtant, c’est bien un de ses arguments de campagne. Dans l’édition n°7 du bulletin d’informations municipales Lament’Innov il étale ce bilan sous le titre « 2014-2020, 60 mois d’actions et de réalisations ».

FAIRE PLUS QUE DE LA COM ?

Dans ce document de 38 pages dont un quart est occupé par des encarts publicitaires, il est présenté aux Lamentinois « par les images et les argumentaires, l’essentiel des réalisations et actions menées durant les premières années de notre mandature », écrit le maire dans son éditorial.
Un bel outil de communication qu’il va falloir détailler et expliquer aux électeurs, dans l’espoir qu’ils vont renouveler leur confiance à la majorité en place. C’est l’exercice auquel Jocelyn Sapotille va se plier. Et cela, dès le 30 novembre dans un restaurant de la section de Grosse-Montagne. Ce sera à l’occasion d’une rencontre avec les militants du mouvement Lamentin Autrement. Le thème : « 2014-2019, quelle évolution ? 2020-2022, quels projets ? ».

UN BILAN CHAHUTÉ

Pas suffisant pour satisfaire ses adversaires pour qui ce bilan est un condensé de manifestations festives dont certaines n’auraient rien à y faire. Entre autres, un dîner avec 300 personnes en situation précaire, un déjeuner de la mi-Carême pour les seniors, un jumelage avec la ville guyanaise de Montsinéry-Tonnégrande ou encore des félicitations à l’athlète Wilhem Bélocian après sa victoire sur 110 m haies, aux championnats du monde junior…
Quant aux projets structurants, ils sont considérés comme des effets d’annonce, à l’image de la construction du groupe scolaire de Caillou, annoncée en juillet 2015 à la fête de Castel et qui n’a toujours pas vu le jour. Même remarque concernant la réfection de piste d’athlétisme qui aurait bien fait plaisir à Wilhem Bélocian.

POUR UN NOUVEAU CONTRAT DE CONFIANCE

Autres reproches formulés par les adversaires, notamment José Toribio et Reinette Juliard, c’est la tendance du maire sortant à s’approprier les projets ou réalisations des autres. Sont notamment contestés comme n’étant pas le résultat de son action, les travaux sur les réseaux d’eau potable et d’assainissement, réalisés sous la mandature de Reinette Juliard ou de José Toribio. Un exemple : la station d’épuration de Bois-Ilet-Castel, qui figure dans le catalogue, alors que les travaux ont débuté en janvier 2014, deux mois avant son élection à la tête de la municipalité. La mise en bouteille de l’eau de Ravine chaude, projet de José Toribio et la construction de l’usine de production d’eau de Prise d’eau, projet du Département, peuvent aussi être cités en exemple.
Ce bilan sera, malgré ces éléments contestables, bien défendu bec et ongles par Jocelyn Sapotille. Et s’il s’avère être son talon d’Achille, il pourra toujours s’appuyer sur son projet pour la prochaine mandature en sollicitant les électeurs pour un nouveau contrat de confiance.
Ce sera donc aux adversaires de convaincre qu’il n’est pas l’homme de la situation. Ils ne manqueront pas non plus de l’attaquer sur les finances communales qui se sont dégradées également ces dernières années, en attendant le dernier avis de la Chambre régionale des comptes.

ENJARIC AVEC LE PEN ?


Fabienne Enjaric, ancienne adjointe de José Toribio, membre des Républicains jusqu’à l’an dernier, flirte désormais avec la députée européenne, Maxette Pirbakas-Grisoni, et compte sans doute sur sa jeunesse et le parti de Marine Le Pen pour booster sa campagne. Le Rassemblement national, vainqueur des élections européennes en Guadeloupe — sans doute parce que c’était le seul parti qui présentait un candidat de l’archipel en position éligible —, n’est pas sûr d’être aussi performant aux municipales. Rappelons qu’aux Européennes, 337 Lamentinois, soit 22,39 % des suffrages exprimés, avaient placé la liste RN en tête. Un résultat à relativiser compte tenu de la très forte abstention : 10 483 électeurs (86 % des inscrits) ne s’étaient pas rendus aux urnes.

JULIARD POUR LA REVANCHE


Reinette Juliard, maire 2001 à 2008, revient pour conjurer le sort qui l’avait empêché d’être candidate en 2014, en raison d’une période d’inéligibilité qui s’était achevée entre les deux tours. Sous la bannière de Croire en la Guadeloupe, le parti de Luc Adémar, elle compte bien prendre sa revanche sur ce qu’elle considère comme une injustice. Rappelons qu’il lui avait été reproché d’avoir embauché son fils au service informatique. Pourtant, s’est-elle toujours défendue, celui-ci avait accepté de travailler pour le Smic, compte tenu de la situation financière de la commune, malgré son diplôme d’ingénieur, ce que n’avaient pas accepté les autres candidats. Depuis plusieurs mois elle arpente le territoire communal, en s’appuyant notamment sur le bilan de sa mandature et les quelques effets positifs qui en résultent encore.

KANDASSAMY ET SES RÉSEAUX


José Kandassamy, ancien adjoint de José Toribio. Bien qu’étant encore un peu discret sur le terrain, il entend mobiliser son important réseau, construit durant sa longue carrière associative, notamment en qualité de président du célèbre club cycliste, USL. Il a l’expérience des campagnes électorales et du fonctionnement municipal. Après avoir annoncé, en 2014, qu’il quittait la vie politique et associative, il est revenu dans l’arène. Depuis 2017, c’est le député suppléant de la 2e circonscription, mais entre-temps les relations avec le titulaire du poste Max Mathiasin, se sont distendues et il ne devrait pas pouvoir compter sur ce dernier pour l’aider dans cette tentative de conquête du pouvoir municipal.

TORIBIO, MÊME MALADE


José Toribio, du Parti socialiste guadeloupéen, que préside désormais Medhy Keïta, a annoncé sa candidature, surprenant tout le monde. Les raisons : son état de santé et sa condamnation en première instance à dix ans d’interdiction d’occuper une fonction publique, malgré son appel et donc la suspension de l’exécution de la décision. Sa candidature crée des remous au sein de sa famille, notamment sa sœur, Mary Renée et son frère Daniel, qui ont crié leur indignation publiquement, au motif que José Toribio ment à la population lamentinoise avec l’annonce de cette candidature.
Une chose est sûre, c’est que même couché sur un lit d’hôpital, José Toribio, peut se présenter aux élections et il peut faire campagne à distance. Son appétence pour les réseaux sociaux peut lui permettre de s’adresser à ses supporters sans difficulté, comme il l’a fait pour sa déclaration de candidature.

LES JEUX RESTENT OUVERTS

Et si quelqu’un doit craindre cette candidature c’est bien le maire en place, son ancien ami, devenu son meilleur ennemi. José Toribio pèse plus de 3 000 voix sur un électorat de 12 000 suffrages possibles, si l’on se réfère aux résultats de 2014. Ramener ces électeurs dans son giron ne sera pas une mince affaire pour Jocelyn Sapotille avec la présence de José Toribio. La liste de ce dernier serait en pleine construction et, sans doute, une stratégie qui tient compte de tous les paramètres favorables et défavorables à cette candidature, doit se peaufiner entre les équipes de Paris et Lamentin.
Ces élections lamentinoises restent donc des plus ouvertes, même si Jocelyn Sapotille a l’avantage de bénéficier de la visibilité que lui procurent ses fonctions de maire et de président de la communauté d’agglomération du Nord Basse-Terre.
D’ailleurs, après avoir annoncé dans le quotidien FA Guadeloupe, qu’il serait réélu en mars 2020, il devait se dédire quatre jours plus tard, sur Guadeloupe la 1re, sans doute après s’être souvenu de l’adage plein de bon sens, selon lequel « on ne vend pas la peau de l’ours avant de l’avoir tué ».

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