La sœur et le frère de José Toribio indignés par sa candidature

José Toribio
« Que de mensonges et quel manque de respect pour les Lamentinois ! José Toribio est très malade et ne sort pas seul de son appartement parisien et ose affirmer qu’il va très bien. Excellent début pour une campagne électorale ! » Signé Mary Renée Toribio. En recevant ce commentaire à l’interview que José Toribio nous a accordée quelques jours après l’annonce de sa candidature aux élections municipales de 2020, sur les réseaux sociaux, il nous a paru nécessaire d’approfondir la question de sa présence effective dans la campagne électorale. Interrogée sur les motivations d’un tel commentaire, sa sœur aînée est formelle : « José Toribio ne pourra pas participer aux élections municipales de mars 2020 ». Un témoignage poignant et très accablant pour l’ancien maire de Lamentin, corroboré par Daniel, le dernier de la fratrie. Ils crient tous deux leur indignation.

Pourquoi ne voulez-vous pas que votre frère aille aux élections municipales de mars 2020 ?
Pour plusieurs raisons. Je porte le même nom que lui et il y a mes enfants. Ce nom représentait un certain honneur, de la dignité. Ce sont des valeurs que j’ai enseignées à mes enfants et qu’ils respectent. Et je ne veux pas que mon nom soit tourné en ridicule. Je suis désolée…

« MON PÈRE AVAIT LE SENS DE L’HONNEUR »

Vous parlez quand même de votre frère… Vous êtes dure avec lui ?
Non ! Non ! Je ne suis pas dure. Il ne faut quand même pas oublier tout ce qu’il a fait. Il est mêlé à un scandale… mon père ne doit plus être dans son cercueil. Il a dû en sortir parce que ce n’est pas possible qu’un de ses enfants soit mêlé à une affaire de corruption (*). Je vais vous raconter une histoire de mon père (**). A l’époque où papa construisait sa maison, à Villeneuve, à Duclos. Mon père n’a pas construit sa maison quand il n’avait pas d’argent pour le faire. Il n’a pas pris de crédit parce que pour lui ça n’existait pas. C’est une drôle de génération ! Il avait son argent. Pendant, qu’il construisait sa maison à Duclos, il y avait en même temps les travaux de l’école de La Rosière et un des entrepreneurs, qui voulait le marché de la cantine, lui a proposé — comme il savait qu’il construisait sa maison — de lui réaliser sa cuisine gracieusement. Mon père a pleuré de honte. Il est rentré à la maison et il s’est mis à pleurer de honte en disant cela : « Cet homme a cru qu’il pouvait me proposer ça ! ». Moi, j’ai été élevée comme cela. Je ne sais pas si vous voyez ce que ça représente. Mon père et moi nous avions des positions politiques absolument différentes. Avec José, Joël, ma mère… il y a eu des discussions homériques, des engueulades terribles, mais c’est un homme que je respectais et dont je continue à respecter la mémoire. Il avait un sens de l’honneur. Ça, c’était mon père. Alors pour que mon frère fasse ça, je ne comprends pas. Je ne comprends pas ce qui s’est passé dans sa tête. C’est tout.

Mais c’est son droit de mener sa vie comme il l’entend ?
De salir mon nom ? Je ne pense pas.

« IL FAUT QU’ON L’AIDE POUR TOUT »

C’est aussi son nom ?
Oui, c’est un nom un peu sympathique, il n’a pas le droit d’en faire ce qu’il veut. Il y a ça, mais il y a aussi le non-respect des citoyens, quand on est maire… La fameuse phrase de l’interview qu’il vous a accordée, « J’ai 16 000 enfants », c’est une phrase de mon père qu’il reprend à son compte. C’est une phrase que mon père a dit à ma mère un jour où elle râlait parce qu’il était rentré trop tard. Il a répondu « mais moi, j’ai 5 000 enfants ». Voilà. Ma mère peut le confirmer. Donc, je lui en veux pour ça. Il salit mon nom. Il ment aux Lamentinois.

Qu’est-ce qui vous fait dire qu’il ment aux Lamentinois ?
Ce n’est pas vrai, il ne peut pas faire la campagne. José ne peut pas sortir tout seul de chez lui. Il faut qu’on l’aide pour tout. Vous avez écrit qu’il est affaibli, mais j’irai beaucoup plus loin… Enfin bref ! Il ne peut pas laisser croire aux gens qu’il va faire une campagne électorale. C’est un mensonge éhonté. Moi, je ne veux pas participer à cela.

(*) Mary Renée Toribio fait allusion à la condamnation de José Toribio, en première instance à l’interdiction d’exercer une fonction publique et à de fortes amendes (plus de 1,2 million d’euros), dans le cadre de l’affaire des lampadaires solaires. José Toribio ayant interjeté appel, il est toujours présumé innocent et l’exécution de la décision est suspendue, ce qui lui laisse juridiquement la possibilité de se présenter aux élections.

(**) René Toribio né le 10 décembre 1912 a été sénateur (de 1959 à 1968), président du conseil général (de 1953 à 1955) et maire de Lamentin de 1945 à 1971 puis de 1989 à sa mort le 27 juillet 1990. Après son décès, José a été élu à la tête de la municipalité par ses collègues du conseil municipal. Il avait ensuite été battu en 2001 par Reinette Juliard, qui avait été adjointe de son père, mais avait démissionné six mois après les élections.
José Toribio était revenu au pouvoir en 2008 au prix d’une large alliance avec notamment le groupe du maire actuel, Jocelyn Sapotille. Ce dernier le lâchait ensuite et remportait les élections 2014. Quatre adversaires se sont déclarés pour 2020 : Reinette Juliard, José Toribio et deux de ses anciens colistiers, José Kandassamy et Fabienne Enjaric.

Daniel, le benjamin, dénonce « une candidature surréaliste »

Domicilié lui aussi à Paris, Daniel, le dernier des quatre enfants Toribio, après Mary Renée, José et Joël, est tout aussi sévère avec José que leur grande sœur.
« J’ai appris la candidature de mon frère effectivement et je trouve ça assez surréaliste. Voilà quelqu’un qui est en attente d’une greffe — je ne vais pas entrer dans plus de détail, tout le monde en Guadeloupe sait à peu près pourquoi — et je ne comprends pas à quoi ça sert d’annoncer sa candidature aux élections. José devrait se retirer, mais il fait ce qu’il veut. De toute façon, il a toujours fait ce qu’il voulait. Pour ma part, j’ai hérité de mon père une sorte d’éthique. Je ne me désintéresse pas de la chose politique, bien au contraire, je suis plutôt passionné, mais enfin, la politique ce n’est pas n’importe quoi. On est amené à se mettre au service des citoyens. Donc annoncer sa candidature dans ces conditions, c’est vraiment du n’importe quoi. A supposer qu’il serait élu, je ne vois pas dans quelles conditions, il pourrait assurer un mandat. Je partage assez l’opinion de ma sœur sur ce point-là. Mon père avait un défaut énorme, c’était un homme entier qui ne transigeait pas. C’est pour cela qu’il a eu quelques difficultés à exercer son dernier mandat. C’était un homme intègre. C’était le genre de parent qui, quand vous reveniez de l’école avec une punition, vous en infligeait une deuxième à la maison même si ce n’était pas de votre faute. »

« LE NÉPOTISME EN POLITIQUE ME CHOQUE »

Daniel vit à Paris depuis 1974. Il est parti après son bac qu’il a passé à Baimbridge et est fier de son parcours. « Je gagne mon argent honnêtement. J’ai mis à profit l’éducation que j’ai reçue. Je ne juge pas José pour ce qu’il fait en politique. Il faut quand même être sur le terrain. Mais retrouver mon nom mêlé à des affaires de détournements de fonds ou autres, c’est quelque chose qui est carrément mortifère. »
Il a aussi un regard sur l’arrivée de José à la tête de la mairie, après la mort du père Toribio. « Une commune, ce n’est pas un bien familial. Après la mort de mon père, il se trouve que les conseillers municipaux ont trouvé bien de mettre José à sa place. Je ne dis pas que cela ne doit pas se faire, mais ce népotisme en politique me choque beaucoup. Je n’aime pas cette mentalité de cour, où la critique n’est pas possible, où l’on encourage le vice, les fêtes… Ce n’est pas mon truc. J’ai surtout une grande nostalgie de mon pays, une très grande tristesse, chaque fois que j’y pense. Je ressens une certaine indignation. »

2 Commentaires

  1. L’attitude de Mary-Renée est déplorable car à travers tous ces propos elle Insulte le peuple lamentinois qui aime José Toribio malgré ses défauts. Tous nous avons un peu de négation qui est véritablement le piment de notre vie. Mary-Renée honorer son nom! Bêtise! Car elle même dénigre son nom, par un tel comportement. On aime ou on n’aime pas José Toribio a marqué l’histoire politique de Lamentin et de la Guadeloupe dans notre pays la France. Richard DIVIALLE

  2. Monsieur Divialle, je ne sais pas pourquoi vous vous sentez autorisé à parler du peuple Lamentinois mais en tant que Lamentinoise c’est vous qui m’insultez. On n’est pas dans le « j’aime, j’aime pas » ici, on est dans les faits. Et cette dame (Mary Renée) ne fait qu’éclairer encore plus tous les faits qui ont été dénoncés et qui ont permis de déconstruire le mythe de José Toribio comme grand homme politique. Et de le faire quitter ce pouvoir qu’il croyait héréditaire. C’est vous qui êtes une honte pour la politique et pour les Lamentinois de continuer à encourager et soutenir cet homme.

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