Thierry Panol n’a pas peur des montagnes

Thierry Panol, candidat aux municipales à Saint-Claude
C’est la première fois qu’il se présente à une élection et le moins que l’on puisse dire, c’est qu’il n’a pas choisi le combat le plus facile. Il s’appelle Thierry Panol et vient défier Elie Califer, que d’aucuns pronostiquent comme l’un des rares maires à être quasiment certain de sa réélection. Élu depuis juillet 2003, à l’occasion d’une municipale partielle, il a été régulièrement réélu en 2008 et 2014. Compte tenu de sa bonne gestion financière, chose peu courante, 2020 devrait être une formalité selon certains observateurs. Mais si les choses étaient si simples, il n’y aurait pas eu besoin d’organiser de scrutin. Thierry Panol vient là où on attendait Albert Nangis, conseiller municipal de l’opposition entré en dissidence ou Gérald Coralie, leader du groupe d’opposition. Le premier a renoncé à s’engager. Le second ne s’est pas encore prononcé. A moins qu’il laisse à un de ses camarades de l’opposition, tel que Patrick Bernard, avec le soutien de Croire en la Guadeloupe, le soin de prendre le flambeau. Mais qui est ce Thierry Panol, qui n’a pas peur des montagnes, fussent-elles volcaniques ? D’où vient-il ? Que fait-il ?

« Je suis Saint-Caudien, quelqu’un de simple, d’humble, qui a le sens de la famille. Je le dis sans prétention. Professionnellement, je suis gérant d’un cabinet d’assurance à Basse-Terre, qui a aussi une antenne aux Abymes, depuis plus de 20 ans. Par ailleurs, je préside l’association Handicap Guadeloupe, qui s’occupe d’accueillir des personnes en situation de handicap de 18 à 60 ans. Nous avons un site à Saint-Claude et un autre à Baie-Mahault. J’ai présidé d’autres associations d’insertion sociale par le passé. J’ai laissé la main pour ne m’occuper que de la partie handicap au sein de Handicap Guadeloupe. »

« CASSER UNE GOUVERNANCE RIGIDE ET ARROGANTE »

Qu’est-ce a motivé votre engagement à ces élections municipales de 2020 ?
Deux choses. La première, c’est que de plus en plus, il y a une grande partie de la population qui entend casser une gouvernance rigide et arrogante exercée depuis de nombreuses années par le maire en place. Nous proposons un management plus humain, qui se veut aussi plus moderne, dont l’épicentre serait le respect et surtout la considération pour autrui.
Deuxièmement, je me dis aussi que trois mandatures après, il y a eu du bon bétonnage sur Saint-Claude. Il convient que cette politique du béton soit rééquilibrée par une politique sociale à visage humain. La commune de Saint-Claude, qui a aussi comme enfant moi-même, ne doit plus être au service de l’argent — et je pèse mes mots — mais davantage au service des gens, à partir de mars 2020.

« LA BONNE GESTION, C’EST QUAND ON EST DANS L’INITIATIVE »

Vous parlez d’un management rigide mais il faut reconnaître que cette méthode porte ses fruits, puisque Saint-Claude est l’une des communes les mieux gérées de la Guadeloupe…
Si on parle de gestion financière oui ! C’est comme quand vous gérez votre compte en banque. Si vous n’avez pas de découvert, on va considérer que vous avez bien géré. Avec tous les moyens informatiques qui sont mis à disposition, n’importe qui peut gérer une commune. Si en 2019, parce que les paramètres ont tout simplement été respectés, peut-on dire que c’est une bonne gestion ?
Je peux dire que je gère très bien mon entreprise, je gère très bien mes associations, si en ayant 100 €, j’ai dépensé 100 €. Mais la bonne gestion, à mon sens, c’est quand on est dans l’initiative, quand on est dans cette ère moderne, de faire en sorte qu’avec 100 €, on puisse en faire pour 300 €. Je considère que sur Saint-Claude, avec 100 € on aurait pu faire pour 1 000 €, avec de l’eau faire du beurre. Quand cette commune a comme atout surpuissant et nature, le massif de la Soufrière, c’est quand même insupportable qu’elle soit le deuxième site touristique de la Guadeloupe après la Pointe des Châteaux. Toute ville qui a un volcan l’exploite naturellement et au maximum, alors que nous, on se contente d’être deuxième. Imaginons seulement que la Soufrière ait pu voir son accès rouvert, le potentiel qu’on aurait pu développer autour, en matière d’emploi et d’insertion.

« LA POPULATION A BESOIN DE VIVRE ENSEMBLE »

Malgré tout la bonne gestion financière n’est pas donnée à tout le monde… On voit les résultats des communes qui sont sous contrôle de l’Etat, au point même qu’un maire a été menacé de révocation pour mauvaise gestion… vous pourriez quand même lui accorder ce bon point, non ?
Je ne le conteste pas. Ce que je veux dire c’est qu’en tant que Guadeloupéen, il y a une question qui est importante à se poser : est-ce qu’on va se contenter de faire juste ce pourquoi on a été élu, surtout quand il convient de respecter les carcans financiers décidés par l’État ? Il faut savoir quand même que l’État français est bien endetté dans la mesure où les gouvernements successifs coûtent trop chers à la France. Donc, je suis le premier à dire qu’il faut avoir de bonnes attitudes. Il y a des gens qui agissent correctement sur ces mécanismes-là. D’autres le font moins bien, c’est vrai. Mais, doit-on se contenter d’être juste de bons gestionnaires, quand la population — dixit les Gilets jaunes et pas seulement — a besoin de vivre ensemble, d’un projet qui soit revigoré, qui soit innovant et qui mette vraiment l’humain au centre de tout. Je ne peux pas aspirer personnellement à être maire d’une commune seulement pour ne pas se faire taper les doigts par l’État, qui n’est pas meilleur élève que les collectivités. S’il y a un exemple à donner, il doit venir d’en haut. On dit généralement, c’est par le haut qu’on lave un escalier. Les communes ont de moins en moins de moyens. J’accorde à Élie Califer, comme à d’autres, cette bonne gestion, mais c’est une bonne gestion a minima. Or, avec les moyens que nous avons, même s’ils sont peu nombreux, il y a beaucoup de choses à faire pour la population.

« LES ENTREPRISES AU SERVICE DE LA COMMUNE, PAS L’INVERSE »

Quelques exemples ?
Sur Saint-Claude, par exemple, sans remettre en cause ce qui a été fait, nous avons la chance d’avoir un maire qui est conseiller départemental, président de la commission d’insertion, pourtant il n’y a pas eu, depuis 18 ans, un seul chantier d’insertion piloté par le Département dans la commune. Ce n’est quand même pas normal. Il y a eu beaucoup de construction mais l’un des mécanismes qui nous est donné pour pouvoir insérer des jeunes et moins jeunes pour les remettre en situation de travail n’est pas utilisé. Il n’y a pas eu une seule initiative d’insertion déclenchée par le maire de Saint-Claude. Ce n’est quand même pas normal. Pourtant, des millions et des millions sont déversés dans du béton. Ça enrichit des entreprises. Or, ce sont les entreprises qui doivent être au service de la commune et pas les élus qui soient au service des entreprises.

« OSER, MÊME SI LES GENS ONT PEUR »

Vous ne pensez donc pas que vous allez lutter contre une forteresse imprenable, comme certains observateurs le pronostiquent ?
Saint-Claude est avant tout une terre de liberté. Dix-huit ans avant, Elie Califer a proposé aux Saint-Claudiens des idées et un projet qui a été retenu. La même commune compte d’autres Saint-Claudiens, y compris moi-même, qui ont d’autres idées, d’autres projets, qui veulent servir et agir autrement, en respectant les hommes. Ce n’est quand même pas normal que sur Saint-Claude, on ait une certaine population qui ait peur, parce que depuis des années, une seule personne est aux commandes et agit comme il l’entend. Si on parle de bonne gestion, je prends le cas du stade de Saint-Claude, qui a été construit pour 6 millions d’euros et une capacité de 180 places seulement, dans une zone résidentielle, et ce stade ne sera pas homologué. Pourquoi ? Parce qu’il y a eu précipitation et que les contrôles n’ont pas été faits. Quid de l’assurance ? Si c’est cela de la bonne gestion, je voudrais qu’on m’éclaire, puisque ce n’est pas ce que j’ai appris à l’université. Il me semble que gérer c’est investir de manière à ce que l’on ait une rentabilité, qui soit pour le moins efficient. Six millions d’euros pour les entreprises qui sont contentes alors que la population ne pourra pas exploiter la structure. L’investissement est fait mais pour qui, pour quoi, pour quels besoins et à quelle fin ? S’il s’agit de venir dire qu’on a fait sans que ça puisse profiter à la population, c’est facile mais ce n’est pas le bon exemple. Je pense pouvoir oser le dire, même si les gens ont peur ; les agents municipaux ont peur de s’exprimer, ils se regardent en chien de faïence, parce que pendant dix-huit ans il y avait quelqu’un qui était seul au monde et qui n’a pas pris soin d’offrir une autre considération à une partie de la population qui de plus en plus en parle.

« SERVIR ET AGIR AUTREMENT »

Sur qui allez-vous vous appuyer pour conquérir cette mairie ? Par quelle organisation politique êtes-vous suivi ?
C’est une organisation qui va se reposer sur des Saint-Claudiens et des Saint-Claudiennes. Ensemble on avance la main dans la main avec nos moyens, pour faire savoir à la population que nous sommes disposés à servir et agir autrement. Principalement, nous allons compter sur les forces vives de Saint-Claude. Nous n’avons pas de grands partis politiques derrière nous. Nous sommes réunis au sein d’un mouvement communal que nous avons baptisé l’Union des Saint-Claudiens. Ce sont des gens de tous horizons, de toute obédience, avec de nouvelles idées, une autre manière de manager qui tienne compte d’autrui afin que les choses ne soient pas faites pour la gloriole d’une seule personne.

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